Pratique
Morts et accidents au Preikestolen : à quel point le rocher est-il dangereux ?
Oui, des personnes sont mortes au Preikestolen, mais les décès sont rares pour un site qui, selon un reportage de CNN de 2024, reçoit plus de 300 000 visiteurs par an. Les deux accidents les mieux documentés par la presse remontent à octobre 2013, quand un touriste espagnol a chuté du plateau en prenant de dernières photos, et à juin 2024, quand un homme d’une quarantaine d’années a glissé d’un rebord environ 150 mètres avant le sommet et fait une chute d’environ 200 mètres. Nous n’avons trouvé aucun bilan annuel des décès publié par la police ou par la fondation qui gère le sentier : prenez donc avec prudence les totaux précis que vous lirez ailleurs.
Le Preikestolen est dangereux d’une manière bien précise : c’est une falaise de 604 mètres sans garde-corps, fréquentée par un très grand nombre de personnes, dont beaucoup de randonneurs inexpérimentés. Le rocher lui-même n’est pas le danger ; les géologues ont conclu qu’il est stable. Le risque, c’est une glissade, un faux pas au bord, ou un randonneur surpris par la météo, la glace, l’obscurité ou l’épuisement. Cet article fait le point sur ce qui est documenté, sur les raisons pour lesquelles les autorités ont choisi de ne pas clôturer la falaise, sur les endroits où surviennent les accidents et sur la façon de limiter les risques.
La réponse courte
- Les décès sont rares. The Local a présenté la victime de 2013 comme le tout premier touriste à chuter du rocher.
- Les deux accidents les mieux documentés : une chute depuis le plateau en 2013 et une glissade sur le chemin d’accès en 2024.
- Pas de garde-corps : le plateau n’est pas clôturé, par choix, et le site de la fondation destiné aux visiteurs demande à chacun de rester à bonne distance du bord.
- Le sentier compte aussi : certaines parties du chemin longent de hautes falaises, et l’accident de 2024 s’est produit avant le plateau.
- La météo et l’hiver augmentent le risque : les conditions changent vite, et en hiver le sentier peut être verglacé.
- Les secours sont proches, mais pas instantanés : le départ du sentier dispose de personnel toute l’année, et des secouristes bénévoles locaux sont d’astreinte jour et nuit.
- Numéros d’urgence : 113 pour les urgences médicales, 112 pour la police.
Les accidents documentés
Octobre 2013 : une chute depuis le plateau
Le 10 octobre 2013, The Local a rapporté qu’un touriste espagnol était mort après une chute depuis le Preikestolen. Selon le journal local Strandbuen, cité dans l’article, l’homme était revenu sur ses pas pour prendre quelques dernières photos alors que son groupe quittait le plateau. Quelques instants plus tard, ses compagnons ont entendu un cri ; son corps a été retrouvé dans le fjord, en contrebas.
The Local l’a présenté comme le tout premier touriste à chuter du rocher, à une époque où celui-ci recevait quelque 200 000 visiteurs par an. Un ancien responsable de l’association de randonnée locale, la Stavanger Turistforening, a déclaré à la radiotélévision norvégienne NRK qu’ils avaient toujours craint qu’une telle chose arrive. Les circonstances — une dernière photo au bord, alors que le groupe avait déjà fait demi-tour — méritent d’être retenues, car elles décrivent exactement le moment où l’attention se relâche.
Juin 2024 : une glissade sur le chemin d’accès
Le 3 juin 2024, Dagbladet a rapporté qu’un homme était mort au Preikestolen le matin même, un lundi. Il avait glissé d’un rebord environ 150 mètres avant le sommet du Preikestolen et fait une chute d’environ 200 mètres. Il a été retrouvé peu après par un hélicoptère de secours.
La police a indiqué à CNN que l’homme, d’une quarantaine d’années, voyageait seul et a été retrouvé avec son téléphone et ses papiers d’identité. Deux témoins ont été entendus, dont l’un avait vu l’accident et a déclaré que l’homme avait glissé et chuté. La police a traité l’affaire comme une chute accidentelle, sans soupçon d’infraction. Un groupe de secours en montagne et un hélicoptère ont récupéré la victime, et le soir même la police a annoncé que le sentier et le plateau étaient de nouveau ouverts normalement.
Le plateau n’a pas été évacué. Les personnes qui avaient assisté à l’accident ont été accueillies par des soignants et des policiers au parking près de la Preikestolhytta, et le maire de Strand a confirmé que du personnel de soutien psychosocial était présent pour prendre en charge les témoins et les autres personnes touchées. C’est un rappel qu’un accident sur une falaise très fréquentée touche bien plus de monde que la seule personne qui tombe.
Cet accident ne s’est pas produit sur la célèbre plate-forme carrée, mais sur le chemin qui y mène — un correctif utile à l’idée que le seul endroit dangereux serait le bord du plateau.
Combien de personnes sont mortes au Preikestolen ?
Nous n’avons trouvé aucun bilan unique et publié des décès émanant de la police, de la commune ou de la fondation Preikestolen. Plusieurs sites citent des totaux et des moyennes annuelles sans en donner la source ; nous ne les reprenons pas, car nous n’avons pas pu les vérifier.
Ce que l’on peut affirmer avec certitude, c’est l’échelle à laquelle tout chiffre doit être rapporté. La fréquentation a énormément augmenté : lorsque les visiteurs ont été comptés de façon systématique pour la première fois, en 2008, environ 118 000 personnes ont atteint la corniche, et en 2022 le chiffre atteignait environ 350 000, ce qui en fait le plus fréquenté de tous les itinéraires de montagne balisés de Norvège, selon le Store norske leksikon. La fondation indique que les journées de pointe de l’été voient passer jusqu’à 7 000 randonneurs, tandis que la plupart des journées d’hiver en comptent moins de 100. Au regard de ces chiffres, les accidents mortels sont très rares, et c’est l’une des raisons avancées pour ne pas clôturer la falaise.
Rare ne veut pas dire impossible. Les deux accidents décrits plus haut sont arrivés à des visiteurs qui faisaient des choses ordinaires — prendre une photo, marcher sur le sentier —, et c’est pourquoi les conseils qui suivent portent sur les bonnes habitudes plutôt que sur les exploits.
Pourquoi il n’y a pas de clôture
Les visiteurs s’étonnent souvent que l’un des sites les plus fréquentés de Norvège n’ait aucun garde-corps le long d’un à-pic de 604 mètres. C’est un choix délibéré. Les autorités ont décidé de ne pas installer de clôture ni d’autres dispositifs de sécurité, estimant que cela dénaturerait le site et que les accidents mortels y sont extrêmement rares. On craignait aussi que des clôtures n’encouragent des comportements dangereux, comme celui d’y grimper. Les autorités norvégiennes ont formulé le principe sans détour : le pays ne peut pas clôturer toute sa nature.
Le site de la fondation destiné aux visiteurs, Preikestolen 365, en tire la conséquence pratique sans ambages. Il n’y a ni garde-corps ni barrières au bord de la falaise, et les visiteurs doivent rester à bonne distance, surveiller les enfants de près et éviter tout comportement à risque près du bord.
Cela s’inscrit dans une approche norvégienne plus large de la nature. En vertu du droit d’accès, la randonnée est permise presque partout et, en contrepartie, les randonneurs sont censés se comporter de façon responsable. La fondation précise que la randonnée au Preikestolen se fait à vos propres risques : même sur un sentier bien balisé, il existe toujours un risque d’accident ou de malaise soudain. Personne ne vous empêchera de marcher jusqu’au bord. C’est à vous d’en juger.
Où sont les vrais risques
Le bord et l’appareil photo
Le plateau est vaste, environ 25 mètres sur 25, et presque plat : il y a donc largement la place de profiter de la vue bien en retrait du vide. Le danger vient du fait de s’en approcher délibérément : s’asseoir les jambes dans le vide, reculer pour cadrer une photo, ou s’avancer pour un dernier cliché après que le groupe a fait demi-tour, comme en 2013. La roche mouillée, les rafales de vent et la foule aggravent toutes une petite erreur d’appréciation.
Le sentier, pas seulement le plateau
La fondation avertit qu’une partie du sentier longe de hautes falaises, où les enfants en particulier doivent être surveillés de près. La dernière approche suit une corniche le long de la falaise jusqu’au plateau. L’accident de 2024 s’est produit sur le chemin du plateau, environ 150 mètres avant le sommet. Restez sur le sentier balisé et suivez les T rouges, et tenez-vous côté paroi lorsque vous croisez d’autres personnes sur la corniche.
La météo
Selon la fondation, la météo peut changer vite, et le vent, la pluie, la neige ou la glace peuvent compromettre la sécurité. La pluie rend glissantes les dalles rocheuses et les marches de pierre ; le vent sur un plateau exposé perturbe l’équilibre ; les nuages bas peuvent masquer le bord et le chemin. Consultez une prévision météo de montagne locale avant de partir, puis de nouveau avant de vous avancer sur le plateau, et écoutez le personnel au départ du sentier.
La glace et l’obscurité en hiver
Le sentier est ouvert toute l’année, mais en hiver il peut être glissant et couvert de neige et de glace. La fondation conseille d’utiliser ou de louer des crampons ou des microcrampons, surtout lorsque ses hôtes le recommandent, et déconseille de randonner en hiver avec des enfants de moins de cinq ans. De septembre à mars, les journées sont courtes : partez tôt et prévoyez d’être de retour avant la nuit. Notre guide de la randonnée du Preikestolen détaille la randonnée en hiver.
La foule
L’affluence est un problème de sécurité autant qu’une gêne. En juillet 2020, la fondation Preikestolen a fait appel à la police après que des files de voitures se sont formées jusqu’à la route principale. Sur le sentier, les nombreux randonneurs matinaux créent en été un pic d’affluence entre 08:00 et 11:00. Un plateau bondé, ce sont des gens qui se contournent près du bord : arriver à une heure plus calme est la mesure de sécurité la plus simple qui soit.
Fatigue et excès de confiance
La fondation classe la randonnée comme modérée : environ 8 km et environ 4 heures aller-retour, avec un dénivelé total d’environ 500 mètres réparti sur plusieurs montées. C’est à la portée de la plupart des personnes raisonnablement en forme, mais les jambes fatiguées provoquent des glissades à la descente, et ceux qui sous-estiment l’effort peuvent finir par se presser alors que la lumière baisse. Mangez, buvez, et faites demi-tour si la journée tourne mal.
Comment le sentier a été sécurisé
Une grande partie des travaux menés sur le sentier au cours des dernières décennies a visé la sécurité autant que le confort. La fondation Preikestolen, créée par les communes et les propriétaires fonciers de la région, gère au quotidien le parking et le chemin. Entre 2013 et 2018, des Sherpas venus du Népal ont consolidé de longues sections du sentier et dégagé les rochers des passages raides, en posant des marches de granit taillées à la main qui rendent la randonnée plus facile et plus sûre. Des charpentiers locaux ont construit des passerelles en bois aux endroits exposés.
La fondation dispose aussi de personnel, salarié et bénévole, qui veille à la sécurité et à la propreté le long du sentier, et elle publie une prévision de fréquentation heure par heure pour permettre aux visiteurs d’éviter les moments les plus chargés. Rien de tout cela ne change le bord lui-même, laissé tel que la nature l’a façonné, mais la majeure partie du sentier est désormais un chemin bien aménagé plutôt qu’une escalade sur des pierres instables.
Qui intervient en cas de problème
Le parking au départ du sentier dispose de personnel toute l’année. Demandez-lui l’état du sentier avant de partir, et écoutez ses conseils, surtout s’il vous dit de ne pas y aller sans équipement adapté.
Au-delà du départ du sentier, les secours sur le Lysefjord reposent largement sur des bénévoles. La section Strand og Forsand de l’Aide populaire norvégienne, qui travaille en étroite collaboration avec la fondation Preikestolen, compte environ 100 bénévoles d’astreinte, prêts à intervenir 24 h/24 et 7 j/7, tous les jours de l’année. Même avec un hélicoptère, une intervention sur une falaise prend du temps : en 2024, l’homme a été retrouvé rapidement, mais la police s’attendait à ce que l’opération de récupération elle-même dure de cinq à sept heures.
En cas d’urgence, appelez le 113 pour une aide médicale ou le 112 pour la police. Si vous le pouvez, restez où vous êtes, gardez-vous au chaud et donnez des informations claires sur l’endroit où vous vous trouvez.
Le code norvégien de la montagne, appliqué au Preikestolen
La Norvège dispose d’un court ensemble de règles pour randonner en sécurité, le code de la montagne (Fjellvettreglene), créé par l’Association norvégienne de randonnée (DNT) et la Croix-Rouge norvégienne. Plusieurs d’entre elles s’appliquent directement à une journée au Preikestolen :
- Préparez votre sortie et prévenez quelqu’un. La fondation dit la même chose : indiquez à quelqu’un votre programme et l’heure prévue de votre retour.
- Adaptez-vous à vos capacités et aux conditions. Il est plus sûr de partir à plusieurs ; si vous partez seul, redoublez de prudence.
- Respectez la météo. Le temps change vite en montagne : emportez des vêtements supplémentaires, même pour une courte randonnée.
- Emportez de quoi aider les secours à vous trouver. Le code suggère une lampe frontale ou un gilet haute visibilité, ce qui compte lors des randonnées au lever du soleil et des courtes journées d’hiver.
- N’ayez pas honte de faire demi-tour. Si la roche est verglacée, si le vent est fort ou si les nuages sont bas, la vue sera toujours là un autre jour.
Le code complet est publié en anglais par la Croix-Rouge norvégienne.
Liste de sécurité pour le plateau
- Restez quelques pas en retrait du bord ; la vue est tout aussi belle.
- Si vous vous approchez, asseyez-vous ou accroupissez-vous plutôt que de rester debout, et ne vous penchez jamais au-dessus du vide.
- Ne marchez jamais à reculons en prenant une photo.
- Gardez les enfants à portée de main sur le plateau et sur les sections du sentier qui longent la falaise.
- N’approchez pas du bord par vent fort, sous la pluie, dans le brouillard ou par temps de verglas.
- Évitez les heures les plus chargées, quand les gens se pressent au bord pour les photos.
- Laissez le drone à la maison : la fondation interdit les drones.
- Ne campez pas sur le plateau ; c’est interdit également.
Le rocher lui-même est-il sûr ?
Beaucoup de visiteurs remarquent la fissure à l’arrière du plateau et se demandent si tout le bloc pourrait s’effondrer. La réponse des géologues est rassurante. Une étude de stabilité achevée en 2018 a montré que la fissure ne traverse pas entièrement le rocher, et le NGU, le service géologique de Norvège, décrit le Preikestolen comme solidement ancré. Notre article sur la hauteur et la géologie du Preikestolen explique en détail la fissure et l’étude.
Les enfants et les personnes sujettes au vertige
Des familles font la randonnée du Preikestolen chaque été, et la plupart peuvent la réaliser en toute sécurité avec de bonnes chaussures et une surveillance attentive. La fondation conseille d’être particulièrement prudent sur les sections qui longent la falaise et de ne pas emmener d’enfants de moins de cinq ans en hiver.
Si vous avez le vertige, sachez que la majeure partie du sentier ne longe pas de bords exposés. Le plateau lui-même n’a pas de garde-corps, et certaines personnes trouvent le point de vue final inconfortable. Il est tout à fait raisonnable de s’arrêter avant la plate-forme, ou de profiter de la vue depuis un endroit bien en retrait du bord.
Randonner avec un guide
La fondation recommande une sortie guidée, surtout en hiver ou si vous êtes peu expérimenté. Un guide donne le rythme, sait où le sentier est exposé et emporte l’équipement adapté aux conditions. Notre page des excursions recense les randonnées et les croisières vers lesquelles nous renvoyons, et notre guide pour aller au Preikestolen couvre les bus, le stationnement et les horaires.
Questions fréquentes
Quelqu’un est-il déjà mort en tombant du Preikestolen ?
Oui. En octobre 2013, un touriste espagnol est mort après être tombé du plateau alors qu’il prenait des photos ; The Local l’a présenté comme le tout premier touriste à chuter du rocher. En juin 2024, un homme d’une quarantaine d’années est mort après avoir glissé environ 150 mètres avant le sommet et fait une chute d’environ 200 mètres.
Combien de personnes meurent au Preikestolen chaque année ?
Nous n’avons trouvé aucun chiffre annuel publié par la police ou par la fondation Preikestolen, et les totaux avancés sur d’autres sites sont généralement sans source. Les accidents mortels sont rares au regard de la fréquentation, qui a atteint environ 350 000 visiteurs en 2022.
Le Preikestolen est-il dangereux ?
La randonnée est classée modérée, et des centaines de milliers de personnes la font chaque année sans encombre. Le danger réside dans le bord sans clôture, haut de 604 mètres, et dans les parties du sentier qui longent la falaise, ainsi que dans la météo, la glace, l’obscurité et la fatigue ; rester en retrait du bord supprime l’essentiel du risque.
Y a-t-il des garde-corps au Preikestolen ?
Non. Les autorités ont choisi de ne pas clôturer la falaise, en partie parce que les accidents mortels sont rares, en partie parce que des clôtures pourraient inciter les gens à y grimper. La fondation demande aux visiteurs de rester à bonne distance et de surveiller les enfants de près.
Le Preikestolen est-il sûr pour les enfants ?
La plupart des familles font la randonnée sans encombre en été, avec de bonnes chaussures et une surveillance attentive, surtout près des falaises. En hiver, la fondation déconseille de randonner avec des enfants de moins de cinq ans.
Quel numéro appeler en cas d’urgence au Preikestolen ?
Appelez le 113 pour les urgences médicales ou le 112 pour la police. Restez où vous êtes si vous le pouvez, gardez-vous au chaud et décrivez votre position aussi clairement que possible.